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Catégorie : Le manoir du marchand d’armes

Présentation du manoir du marchand d’armes

Présentation du manoir du marchand d’armes

« Archibald Le Perdrieux est un homme d’affaires comblé. A la veille de la Première Guerre mondiale, son usine d’armement tourne à plein rendement pour équiper l’armée française. Tout le monde s’accorde pour dire qu’il est l’incarnation vivante de la réussite.

Les seules ombres au tableau sont ces lettres de menace qui lui parviennent quotidiennement. C’est le commissaire Gabriel Tournebride, le plus fin limier du commissariat de Rouen, qui est chargé de l’enquête. Mais Le Perdrieux et la police ne prennent pas la chose au sérieux, estimant qu’il ne s’agit que d’une plaisanterie de mauvais goût…

 

L’avenir va leur donner tort et l’enquête va s’avérer plus macabre qu’ils ne l’avaient imaginée. Un matin, Le Perdrieux est retrouvé mort dans le parc de son manoir à Mont-Saint-Aignan, le crâne criblé de balles. Une véritable course contre la montre commence alors entre le commissaire et le meurtrier. C’est une hécatombe : la liste des suspects ne cesse de s’allonger, ainsi que le nombre de morts.

Avec son équipe, Tournebride devra remonter toutes les pistes et exhumer les nombreux secrets enfouis de la famille Le Perdrieux. Les soupçons planent sur les habitants du manoir et les masques tombent. Le marchand d’armes n’était peut-être pas
celui qu’il prétendait être.

Dans ce roman policier inspiré de l’ambiance des livres d’Agatha Christie, Grégory Laignel brouille les pistes avec délectation. Jouant autant avec ses personnages qu’avec ses lecteurs, il nous entraîne dans un suspense haletant jusqu’au dernier instant. »

Origine du manoir du marchand d’armes

Origine du manoir du marchand d’armes

Avec mon livre « A la folie » et une des nouvelles de « Je méritais une autre mort », j’avais déjà commencé à écrire des histoires de meurtres ou de machinations, en maintenant un suspense sur l’identité du véritable criminel. Avec « Le manoir du marchand d’armes », j’ai décidé d’écrire un véritable polar, avec une enquête riche en rebondissements, avec des suspects qui ont des alibis en théorie inattaquables et avec un fin limier chargé de l’affaire. Depuis mon adolescence, j’ai toujours apprécié les romans d’Agatha Christie et j’ai essayé d’écrire un livre qui reflète la même ambiance… et qui surprend sur l’identité de l’assassin comme savait le faire la « reine du crime »…

L’histoire étant toujours mon fil conducteur, j’ai préféré placé mon intrigue dans le passé, à la veille de la Première Guerre mondiale exactement, avec ce marchand d’armes qui est menacé et finalement abattu dans le parc de son manoir.

Feuilletez le manoir du marchand d’armes

Feuilletez le manoir du marchand d’armes

Le roman commence par le dénouement d’une précédente enquête. Le commissaire Tournebride fait la preuve de son intelligence et de son intuition : 

 

Prologue : L’Affaire Villeroy

Darnétal, Samedi 15 mars 1913

– Si je me suis permis de vous réunir tous en ce lieu, au sein même de la demeure de la victime, c’est pour tenter d’élucider un insondable mystère, savoir de quelle manière et par quelle main madame Villeroy est passée de vie à trépas !

Le commissaire de police Gabriel Tournebride avait fait cette annonce d’un trait, sans reprendre son souffle, comme impatient de parler. Pour être juste, le mot « réplique » ou « tirade » aurait été plus adéquat que celui d’« annonce » puisqu’à n’en pas douter, à cet instant précis, le commissaire se donnait véritablement en spectacle. Il n’aimait rien moins que ce moment savoureux où devant un parterre attentif, il distillait les éléments de son enquête, avec fougue et conviction. Goutte à goutte, il se plaisait à reconstituer la recette élaborée par le meurtrier pour concocter son crime, restituant peu à peu chaque ingrédient utilisé, chaque instrument, chaque geste, comme s’il avait été lui-même physiquement présent au moment des faits.

Les mains croisées derrière le dos, Gabriel Tournebride se tut. Il attendait, esquissant un léger sourire qui rehaussa les pointes de sa moustache. Il s’était efforcé de garder le silence quelques secondes, juste le temps de toiser un à un les différentes personnes assises devant lui, aussi muettes et assidues que des religieux lors du sermon de leur abbé.

La voix rude du commissaire résonna de nouveau dans le petit salon, faisant tressaillir d’émoi la jeune domestique qui se tenait assise sur une bergère, son fessier à demi posé sur la brocatelle. Depuis qu’elle était au service de madame Villeroy, la timide Jeanne n’avait jamais eu l’occasion, ni la permission de s’asseoir dans les luxueux fauteuils de sa maîtresse. Elle se sentait mal à l’aise, n’osant s’enfoncer franchement dans le moelleux des coussins brodés. Son anxiété était en outre amplifiée par ce commissaire volubile, à la silhouette longiligne et féline, qui s’agitait devant elle, foulant sans relâche le grand tapis de velours. La voix éclatante de l’homme avait des intonations rocailleuses, comme si sa langue faisait rouler les mots dans sa bouche avant de se décider à les laisser jaillir. Lorsqu’il était en proie à l’exaltation, comme à ce moment, sa voix semblait lui jouer un tour de malice, se déréglant de manière infime, laissant la fin de certaines phrases s’envoler vers des sonorités flutées :

– Pour reprendre les faits de façon minutieuse, il faut se reporter six jours auparavant, la veille de cette funeste nuit du 8 au 9 mars exactement, où madame Villaroy a rendu l’âme à l’aube de ses cinquante-cinq ans dans sa maison de Darnétal. D’après les divers témoignages recueillis et compilés, nous savons qu’en début d’après-midi du dimanche, vers 14h30, une violente dispute a retenti dans le petit salon où nous nous trouvons réunis. Cette peu discrète altercation opposait madame Yvonne Villeroy avec le dénommé Gilles Sanson, ici présent, déclara-t-il en montrant du doigt un homme de taille moyenne, d’une vingtaine d’années, assis sur une chaise les mains menottées. Derrière lui, un inspecteur à la corpulence d’un ours ne le quittait pas d’un centimètre, l’escortant aussi sûrement qu’une ombre reste attachée à une silhouette.

– Monsieur Sanson était un habitué des lieux puisque, pour utiliser un terme convenable, il était, de son propre aveu, le… sigisbée de madame. Enfin pour être clair de tous, et pour reprendre une expression plus grivoise qu’affectionne l’inspecteur Poncet, il était son gigolo.

A l’annonce de son nom, le plantigrade engoncé dans son manteau noir afficha un large sourire goguenard.

– Depuis plus de deux années, monsieur Sanson, vous fréquentiez la maîtresse des lieux, pourtant votre aînée de près de trente printemps, reprit le commissaire. La porte de la chambre de madame Villeroy vous était ouverte, ainsi que son lit pour l’y rejoindre régulièrement. Geste que vous ne décliniez pas de faire car dans le même temps, elle vous ouvrait son portefeuille. En somme, elle bénéficiait de vos caresses dès lors que vous bénéficiez de ses largesses.

– Je n’ai jamais nié le fait d’être son amant, s’insurgea l’homme menotté, cela ne veut pas dire pour autant que je sois son meurtrier ! Je suis innocent du crime dont on m’accuse !

Marius Poncet lui asséna une rude tape sur l’épaule pour le faire taire sur le champ.

– Nous reviendrons sur ce point dans un instant si vous le permettez, monsieur le suspect. Pour l’heure, je vous demanderai de garder le silence si vous ne voulez pas que l’inspecteur Poncet vous y force à sa manière. Et croyez-moi sur parole si je vous assure que s’il n’a pas ma diplomatie, il sait se montrer tout autant persuasif.

En écho à cette déclaration, l’inspecteur bomba le torse de satisfaction, prenant la remarque de son supérieur pour un compliment.

– Deux heures après ladite dispute, une collation a été prise chez un voisin de la rue Sadi Carnot, chez le docteur Laine ici présent, lança-t-il en saluant de la tête un vieil homme à la barbiche blanche effilée.

Le praticien, habillé d’un élégant costume de flanelle blanc, fit un léger signe de tête pour répondre au salut du commissaire.

– Si je ne m’abuse, docteur Laine, ce jour-là, trois personnes se sont présentées à votre porte.

– C’est cela même, commissaire, j’avais invité Yvonne Villeroy à venir prendre une tasse de thé agrémentée de menues friandises, comme tous les dimanches. C’était une sorte de tradition, un rite immuable entre Yvonne et moi. Vous devez savoir que les personnes âgées comme nous affectionnent ce genre de petites habitudes. Rien ne nous rassure plus que les activités pérennes. Et ce jour-ci, comme à chaque fois, Yvonne était accompagnée de mademoiselle Evrard.

– Sa gouvernante, si je ne m’abuse ?

– Je préférerais le terme d’amie, coupa sèchement une femme d’une quarantaine d’années, les cheveux châtains noués en chignon, ses mains posés hiératiquement à plat sur ses genoux. Certes, cela fait 19 ans que j’occupe le poste exigeant de gouvernante au service de madame Villeroy, donnant mes consignes aux domestiques pour tenir la maison. Il faut un chef à la domesticité pour que la pagaille ne s’installe pas, tout comme le quartier-maître règne sur les matelots pour permettre la bonne marche d’un navire.

– Je vois, mademoiselle, je vois.

– Néanmoins lorsque vous êtes au service d’une personne depuis tant d’années, des liens peuvent se créer. Ce fut le cas entre madame Villeroy et moi. Avec le temps, je suis devenue son affidée…, lâcha-t-elle la voix brusquement assaillie de sanglots, sa… sa confidente… Ainsi je ne pense pas avoir usurpé le titre d’amie. Personne ne la connaissait autant que moi… personne ne la pleurera autant que moi, lança-t-elle d’un ton plus ferme comme si elle voulait faire une déclaration d’amour par-delà la mort.

– Je confirme qu’Yvonne Villeroy était très liée à mademoiselle Evrard, ajouta le docteur d’une voix péremptoire. Elles étaient très complices, telles deux sœurs.

– Qui était la troisième personne à sonner à votre porte, docteur ?

– Elles étaient accompagnées de monsieur Sanson.

– Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel ce lundi, docteur ? demanda le commissaire.

– Non, pas vraiment… Enfin… J’ai juste trouvé Yvonne plus pâle que de coutume, les yeux plus fatigués. Je lui en ai d’ailleurs fait la remarque et je lui ai proposé de l’ausculter. Elle a refusé, prétextant que sa mauvaise mine était le fruit d’une suite de mauvaises nuits, qu’il n’y avait pas de quoi s’alarmer. Je n’ai pas insisté. Elle fut de toute façon de bonne compagnie comme toujours, peut-être moins volubile que d’habitude, un peu plus éteinte.

– Que s’est-il passé chez vous ?

– Nous avons pris le thé comme convenu puis nous avons fait un tour de jardin malgré le froid, visitant ma serre et mon laboratoire, raconta le vieil homme en caressant sa barbiche du bout des doigts.

– Le laboratoire où vous celez tous vos remèdes et autres breuvages nécessaires à la pratique de la médecine ?

– C’est cela même ! répondit le vieux praticien. Je me souviens avoir montré certains flacons enfermés dans un placard vitré, notamment celui contenant de l’arsenic. J’ai même proposé à Yvonne Villeroy de lui concocter un petit remède salvateur contre l’asthénie[1], un remède qu’on nomme la liqueur de Fowler. C’est un mélange de solution d’arsenic et de bicarbonate de potassium qui se révèle être un tonique efficace.

– C’est ce flacon d’arsenic qui a disparu par la suite ?

– E